Rebecca Kabuo, Congolese human rights activist who has been arrested more than a dozen times during peaceful protests and, in 2015, was dubbed the youngest prisoner of conscience in the world, addressed the 12th Annual Geneva Summit for Human Rights and Democracysee quotes below, followed by the full prepared remarks.

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12th Annual Geneva Summit for Human Rights and Democracy, Main Event, Tuesday, February 18, 2020

On DRC being a member of the Human Rights Council:

“My country, the Democratic Republic of Congo, is a member of the UN Human Rights Council. It is a true aberration. There is no democracy, free expression or the right to demonstrate.”

On becoming a human rights activist:

“We live in destitution, we do not have drinkable water.”

“I joined LUCHA to fight for access to water health education electricity.”

“I am repressed by the regime, but I will fight for access to water.”

On corruption and lack of democracy in the DRC:

“For three decades, the DRC has been the victim of poor governance, corruption and insecurity. Many people have been cited of crimes, but the perpetrators have gone free and they are the ones in power!”

“My country is called the Democratic Republic of Congo, but there is no democracy, and we don’t have a Republic.”

On cycle of war on DRC and fighting for change:

“I have grown up in a country of war, but will I die in a country where war prevails?”

“There has been impunity, abductions. The population is fleeing.”

“We have a cycle of war that brings in hate to my country. We will fight for nonviolence because it is liberating.”

“With nonviolence we can bring about change in my country.”

12th Annual Geneva Summit for Human Rights and Democracy, Main Event, Tuesday, February 18, 2020

On being arrested and imprisoned:

“The first time I went to prison I was only 20. I have been arrested more than a dozen times. But, these experiences did not push me to give up. They forged me.”

Full prepared remarks (in French):

Je voudrais d’abord remercier les organisateurs de cette conférence qui me permettent d’exprimer la voie de nombreux congolais qui vivent dans le désespoir. Et remercier la communauté internationale y compris les diverses ONG pour leur intérêt accordé à la RDC, mon pays.

C’est très important pour moi de parler à Genève, à la veille du Conseil des Droits de l’Homme, dont la RDC est membre. Pour être membre de ce conseil, un pays devrait montrer l’exemple et respecter un certain nombre de critère en matière de respect des droits de l’homme. Or la RDC bafoue les droits de l’homme en toute impunité et reste membre du Conseil des Droits de l’Homme. Une vraie aberration !

Je m’appelle Rebecca Kabuo ; j’ai 25 ans. Je suis une jeune femme activiste au sein de la société civile de la République démocratique et militante au sein du mouvement citoyen Lutte pour le Changement, qu’on appelle communément La LUCHA. C’est un mouvement non-violent, engagé depuis mai 2012 dans la promotion de la bonne gouvernance, la démocratie, la justice sociale et la dignité humaine.

Notre lutte quotidienne est de contribuer à une prise de conscience collective dans l’objectif de rendre notre population responsable et acteur de son propre changement. La mission de notre mouvement est d’amener la population à être exigeante et défendre ses droits d’une part et de rendre les autorités redevables d’autre part.

Notre vision est de construire collectivement un Congo Nouveau, Libre, Uni, Fort et Prospère au cœur de l’Afrique par le courage inaliénable et par des actions non-violentes de Congolais eux-mêmes.

Je me suis engagée dans la lutte à 19 ans,  en découvrant que c’était encore possible de se lever. J’ai participé à plusieurs campagnes de mobilisation organisées à l’époque par des jeunes dont je ne connaissais pas l’identité collective. Bien sûr, j’y voyais certains étudiants et leur détermination m’étonnait. De plus en plus je comprenais que ces jeunes se battent contre les maux qui devaient cesser et on était tous d’accord. 

J’ai alors rejoint la LUCHA pour participer à cette lutte. Nos revendications sont à la fois d’ordre socio-économique comme l’accès à l’eau, aux soins de santé, à la sécurité, à l’éducation, à l’électricité, au travail, mais aussi d’ordre politique à travers la lutte contre la corruption, l’impunité et la promotion de la démocratie par l’organisation des élections libres, crédibles et transparentes. Tel est le sens de notre participation au processus électoral de l’année passée.

Depuis trois décennies, la RDC est victime de mauvaise gouvernance, de corruption, d’insécurité et des violations graves des droits de l’homme. Différentes personnalités ont été citées dans des cas de crimes humanitaires et crimes économiques. Mais les auteurs de ces crimes sont toujours en liberté.  En outre, au nord-est de la RDC (dans la région de Beni), les groupes armés (à l’instar de l’ADF) continuent de massacrer, violer et enlever en toute impunité, forçant les civils à la fuite.

La LUCHA plaide aussi pour stopper les violences dans l’Est du pays notamment dans la région de Beni. Il faut contraindre le gouvernement congolais à intervenir militairement contre les ADF et autres groupes armés avec l’aide de la MONUSCO pour protéger les civils dans le cadre de son nouveau mandat.

Cela doit s’accompagner des enquêtes internationales neutres et crédibles afin de juger les auteurs de ces violations graves de Droits Humains.

Mon engagement m’a valu plusieurs répressions violentes et emprisonnements. La première fois que je suis allée en prison j’avais 20 ans, et en 2016 j’y suis restée 6 mois. A l’époque, j’étais la plus jeune prisonnière de conscience. J’ai été arrêtée plus d’une douzaine de fois, pendant des manifestations pacifistes et non-violentes. J’ai été torturée par la police et les services de l’état qui étaient contre le combat de la LUCHA.

En prison, j’ai compris plusieurs réalités : par exemple que l’image de notre pays est le reflet de nos prisons. De lieux où rien n’est sous contrôle. Où tout le monde s’improvise pour faire régner sa loi. Des lieux qui font l’objet de financements souvent détournés et où les pensionnaires sont traités comme de sous-humains, abandonnés à leur triste sort. Des prisons où personne ne se soucie des conditions dans lesquelles vivent les femmes. Étant un lieu où règne la loi de la jungle, j’y ai vécu avec tant de femmes qui n’ont plus de force et dont le souci de vivre avec dignité ne faisait écho nulle part. J’ai aussi une expérience douloureuse avec ces centaines de prisonniers qui, comme moi, se voyaient être détenus sans procès équitable. Ainsi la prison devient un instrument d’aliénation et de soumission de ceux qui ont le pouvoir de l’argent sur ceux qui n’ont presque rien. Aujourd’hui, j’ai aussi fondé mon association pour venir en aide à ces femmes prisonnières.

Pourtant ces expériences ne m’ont pas poussée à baisser les bras. Au contraire, elles m’ont forgée. Elles m’ont montrée les responsabilités qui sont les miennes et celles de notre génération, celle de lutter pour la restauration de la dignité de tout un peuple. La prison n’est plus un instrument qui me fait peur. L’emprisonnement est devenu plutôt un symbole de ma détermination à résister et à assumer mes responsabilités. Et chaque fois que le découragement tente de m’envahir, je m’inspire de Frantz Fanon qui disait que « chaque génération a sa propre mission qu’il lui appartient d’accomplir ou de trahir ». Moi je préfère l’accomplir. Et c’est le choix de la LUCHA.

Aujourd’hui je vous demande à vous tous d’amplifier ma voix et celle de mes camarades de lutte, la porter plus loin encore et devenir tous des acteurs de mobilisation lorsqu’il le faut.

D’une part, j’encourage la communauté internationale à accompagner le peuple congolais dans la lutte contre l’impunité en plaidant contre toutes les personnes impliquées dans les violations des droits humains et en poussant le gouvernement congolais à créer un tribunal spécial pour établir les responsabilités,  rendre la justice et permettre la réparation aux nombreuses victimes.

D’autre part, j’invite chacun de vous à faire parler de nous, de nos victoires et de ne jamais nous lâcher, nous les jeunes qui avons tant besoin de votre solidarité.

Agissez en soutenant notre effort dans des lobbyings/plaidoyers, en portant plus loin notre voix, en utilisant les réseaux sociaux et les médias, et faire reconnaître nos efforts, de faire mettre en place un État où règne la justice sociale et la dignité pour tous, un pays où il fait beau vivre ! Je vous remercie.