GENEVA, February 20, 2018 – Congolese activist Julienne Lusenge who fights rape as a weapon of war today was awarded the 2018 Women’s Rights Award and addressed the 10th Geneva Summit for Human Rights and Democracy — see quotes below.

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On protracted war in the Democratic Republic of Cong (DRC):

  • “Before I came here my son said to me ‘when I was born there was war and there is still war.’ I said we are fighting for our grandchildren.”

On rape in the DRC:

  • “The DRC is not the capital of raped women, it is the capital of courageous women who are fighting, showing solidarity to defend their rights, to defend the cause of peace.”
  • “The women come to us as victims, and after working with us, they become survivors and they become agents of change.”
  • “A three-year-old child was raped by four adults, and she immediately died. We decided to bring the case to the court.”
  • “Sexual violence as a weapon of war is used to intimidated people.”

On the danger to women’s rights activists in the DRC:

  • “In 2008, one of our colleagues was attacked, was hit by a machete merely because we have tried to work for peace.”
  • “We have had to move from one village to another.”

 Julienne Lusenge receiving 2018 Geneva Summit Women’s Rights Award

Full prepared remarks in French:

  1. Depuis plus de 30 ans, la RDC est en proie aux conflits armés, et les corps des femmes sont les champs des batailles, plusieurs déplacés internes et des morts  innocents; 
  2. J’étais une Journaliste quand nous avons créé  notre organisation SOFEPADI à la demande des femmes en  avril 2000 à Bunia ,dans une région en proie aux guerres interethnique .
  3. Nous avons décidé de travailler pour la paix, la promotion et la défense des droits des femmes et des filles.  Au début, nous avons cotisé nous même pour réaliser nos activités et assister les victimes des violences sexuelles  et  des guerres alors qu’il s’agissait encore une question taboue. Les femmes sont venues vers nous pour dénoncer les violences sexuelles dont elles étaient victimes. Convaincue que :il n’y a pas de paix sans justice, nous avons commencé à porter les cas devant la justice. Un cas qui nous avait vraiment révolté : une fille de 3 ans ,violée  par 4 adultes, elle a succombé  sur champs dans un village à Beni en 2002. Ce cas a été le déclencheur de notre combat pour la justice. 
  4. Dans le cadre de sa mission de promouvoir la paix, promouvoir et défendre les droits des femmes et filles, SOFEPADI travaille dans la résolution et transformation des conflits. SOFEPADI a un Centre médical à Bunia, qui nous a été cédé par MSF. SOFEPADI offre les services holistiques aux victimes : prises-en charge médical, psychologique, judiciaire et socio-économique. Nous soignons toute la femme entière. Elle vient à nous comme victime de la violence, devient une survivante dans le processus, et finit comme un agent de changement pour son village. Grace à la sensibilisation dans les villages et à travers les radios communautaires locales et la mobilisation  de la population à soutenir et accompagner les victimes, les victimes connaissent notre travail et viennent demander les services. A cause de distance et l’insécurité, nous payons les frais de transport pour que les victimes arrivent au centre et rentrent  sans problème ,il n’y a pas de transport public.   Nous devons payer les frais de justice en Rdc pour permettre à la victime de se constituer en partie civile, payer 7% des frais de dommages intérêt pour avoir la copie du jugement. Nous payons aussi les avocats qui assistent les victimes en justice. Nous payons les frais d’accouchement et de soins de fistules comme nos médecins ne sont pas encore formés. Les enfants nés du viol ou victimes de viol sont scolarisés par SOFEPADI. Une écoute active et un suivi permanant sont assurés par le psychologue. Nous organisons aussi l’échange d’expérience entre les victimes, les formations sur les droits et les lois qui répriment les violences sexuelles. Les victimes participent à la lutte, elles suivent leurs dossiers aux tribunal, formées sur la loi ,elles deviennent des para juriste, en groupes de solidarité, elles accompagnent et assistent aux audiences, sensibilisent les autres à dénoncer.  Certaines apprennent les métiers, d’autres exercent les activités génératrices de revenu, elles offrent ainsi les services dans les communautés et s’intègrent,  SOFEPADI lutte contre l’impunité des crimes de violences sexuelles et toutes formes des violences contre les femmes et les filles. Pour rapprocher la justice des justiciable et prévenir les violences sexuelles, nous facilitons l’organisations des tribunaux mobiles dans les villages,  en prenant en charge tous les frais( transport, logement, restauration des victimes et témoins, des juges et tous leurs suites,) nous mobilisons  la population à assister à l’audience.   Nous avons plusieurs dossiers gagnés aux tribunaux nationaux, certains auteurs sont en prison mais plusieurs condamnés s’évadent . Malgré cela ,nous ne nous décourageons pas. Au niveau de cour pénal international, nous avons aussi accompagné les femmes mais la CPI a déçu ,les violences sexuelles n’ont pas été pris en compte malgré la demande de participation et témoignages des femmes . Mais nous n’abandonnons jamais l’espoir. Le grand défi reste la réparation même le gouvernement congolais ne paie pas pour les dossiers où il est condamné in solidum. 

Sécurité et lutte contre les violences sexuelles 

La situation sécuritaire reste préoccupante, nous avons été attaquées par les milices et délocalisées plusieurs fois pour avoir porté la voix des victimes devant la justice internationale. Jusqu’à ce jour, les auteurs  nous prennent comme leurs ennemis et nous continuons à travailler ; En 2008, pendant que nous étions entre d’apporter les voix des femmes à La  Haye les cas , notre collègue à Bunia a été agressée par des coup des manchettes et une balle a été tire dans sa cheville.  Son mari et son fils ont été tabassés, la maison et tous les biens détruits.  Les autres collègues et moi, nous avons subi des  menaces de mort, violence physique et chaque fois nos biens ont été complètement pillé ou détruits. J’ai déménagé d’une ville à une autre, amenant ma famille, mon mari et 5 enfants avec moi dans la clandestinité depuis 2002 J’ai de la chance d’avoir une famille formidable qui soutient ce travail au milieu d’une telle folie. Mes enfants et mon époux me soutiennent beaucoup , 

Qu’elle est notre inspiration et motivation de ne jamais arrêter ce travail ? 

Les survivantes qui se relèvent : ex Léonie Wangivirwa : 51 ans après trois agressions sexuelles, accompagnée par SOFEPADI, soignée, suivi psychologique ,formée sur la loi ,ses droits, elle  est devenue  maintenant agente de changement pendant 2010 Elle accompagne les autres victimes au tribunal, sensibilisent les jeunes  et les populations en général sur les conséquences des viols. 

Les filles survivantes qui rentrent à l’école ,réussissent et obtiennent leur diplôme. Une fille orpheline m’a dit :avant de rencontrer SOFEPADI ,on me chassait tous les jours de l’école car mon grand frère ne voulait plus payer mes frais scolaires parce que j’étais violée. Mais depuis que je suis accompagnée par SOFEPADI , je ne suis plus chassée de l’école ,SOFEPADI paie mes frais scolaires ,SOFEPADI ,c’est ma famille. 

Une femme nous a dit aussi  : CONTINUER à organiser les chambres foraines ,ça nous redonne la dignité. Car lorsque ma famille et les membres de ma communauté  assistent à l’audience  et voient l’auteur condamné , ils comprennent que je suis réellement victimes. 

Les femmes congolaises ,leurs enfants ,toute la population congolaises ont beaucoup soufferts. Et le pays est de nouveau en équilibre sur un précipice avec un réel danger de grande violence balayant le pays pour une autre période de guerre. Les violences sexuelles ,c’est comme une toile d’araignée. [C’est un fléau. C’est aussi un symptôme de l’effondrement de la loi, et du statut absolument infime des femmes dans notre pays. Le viol est basé sur le pouvoir. Et  les pouvoirs pour les femmes dans cette équation est le suivant: les femmes: zéro, les hommes: le vainqueur prend tout. C’est pourquoi nous nous battons, c’est pourquoi nous travaillons jour et nuit, c’est pourquoi nous n’arrêterons jamais de travailler pour changer cette équation qui conduit TOUJOURS à la violence. Sans pour autant: Travailler pour la paix 

Lutter contre toutes les autres formes de violences faites à la femme [de ne pas pouvoir aller à l’école, d’être privé de protéines dans certains villages, de ne pas être en mesure d’ouvrir un compte en banque ou de démarrer une entreprise, de ne pas avoir la sécurité de marcher dans la rue sans violence sans la réparation de l’état des droits (éducation, justice, respect des droits de l’homme et de la démocratie), nous n’aurons jamais une paix active. Sans paix il n’y a pas de justice, sans justice il n’y a pas d’égalité, sans égalité il n’y a pas de dignité, le droit humain le plus essentiel de tous. 

Au nom de SOFEPADI, des femmes du Congo, je vous remercie pour ce prix car nous travaillons si durement dans l’obscurité complète. Nous vous remercions d’avoir reconnu cette lutte de 20 ans qui n’est pas encore terminée, d’avoir brillé et de partager l’espoir que cette bataille de femmes courageuses, fortes et indomptables prévaudra et que nous apporterons la paix dans notre belle terre. 

 

Merci.